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Le millésime 2014 dans le bordelais, une histoire extraordinaire
Jusqu’à l’été, tout s’est bien passé. Grâce à un hiver pluvieux et doux, le cycle végétatif de la vigne a démarré avec deux semaines d’avance et le débourrement a eu lieu mi-mars, deux jours plus tôt que l’exceptionnellement précoce millésime 1990. Le gel a heureusement occasionné peu de dommages. Au mois d’avril chaud a succédé un mois de mai frais et humide ponctué de pics de chaleur. Ces conditions ont provoqué un peu de coulure et de millerandage sur les vignes précoces, mais la majeure partie du vignoble a fleuri vite et bien sous les températures élevées de la première moitié de juin, conservant ainsi ses deux semaines d’avance. Jusque-là tout allait bien.
Deuxième acte : le scénario se complique
Après l’humidité du mois de mai, la chaleur du mois de juin a entraîné une attaque vigoureuse d’oïdium et de mildiou qui s’est poursuivie jusqu’à la fin de la saison. Il a fallu déployer une vigilance constante et coûteuse et procéder très tôt à l’effeuillage et à l’éclaircissement.
Les derniers jours de juin ont marqué la fin du beau temps, qui ne reprendrait qu’en septembre. Des petites averses à répétition ont ponctué un mois de juillet humide et frais. Août a été nuageux et froid plus qu’humide. La vigne a progressivement privilégié son feuillage à la maturation des raisins, de sorte que la deuxième partie de la véraison a été retardée jusqu’à la fin du mois d’août. Les baies grossissaient considérablement, le mildiou ne semblait pas régresser et, surtout, l’avance de 15 jours était désormais perdue. De plus, la maturation inégale des grappes a nécessité une deuxième vendange en vert précoce. Seul un automne exceptionnellement beau pouvait sauver le millésime.
Le plus heureux des dénouements
Puis, à partir de fin août, la région a connu l’été indien le plus long de tous les temps. Jusqu’à fin octobre, des journées chaudes et sèches se sont succédé, uniquement entrecoupées de quelques orages isolés. Le mois de septembre a été le plus chaud depuis 1921 et 1961, tandis qu’octobre s’est terminé avec un total colossal de 194 heures d’ensoleillement et seulement 42 mm de pluviométrie - et moins encore dans le Médoc.
Les vendanges des blancs secs se sont terminées vers le 16 septembre dans des conditions idéales, chaudes et sèches. Les vins qui en sont nés allient harmonieusement puissance, extrême vigueur et grande fraîcheur. Ils promettent d’être exceptionnels.
Les vendanges ont été reportées maintes fois pour les merlots, pour accorder à ces vignes un délai supplémentaire permettant de parachever idéalement la maturation. La récolte de ce cépage a été inhabituellement longue. Les résultats sont variables mais souvent excellents. Ces vins présentent de beaux arômes et des tannins modérés, et sont en train de développer un caractère très velouté.
Les cabernets, qui adorent ces lents cycles de maturation, les saisons longues et les interminables étés indiens, ont été entièrement vendangés en octobre. Ne présentant aucun risque de pourriture – seules quelques baies ont flétri, comme en 1986 – ils ont pu être cueillis pendant tout le mois. Les cabernets francs aussi bien que les cabernets sauvignons, surtout sur les sols graveleux, paraissaient plus petits, plus concentrés et plus charnus que les merlots, et ont donné des vins fortement concentrés et tanniques, aux arômes magnifiques.
Les sauternes ont été récoltés en deux temps: d’abord pendant les journées impitoyablement sèches de septembre, par petites tries fastidieuses, un peu comme en 1988; puis fin octobre, sous une chaleur inhabituelle, après un développement plus généralisé du botrytis. Ces deux phases ont produit des moûts très purs, affichant régulièrement 20 à 22° d’alcool potentiel. Ils associent puissance et complexité à une fraîcheur et une acidité exceptionnelles ce qui, malgré le faible rendement, les portera à un très haut niveau.
L'été indien 2014 à Pomerol (Photo Stéphane Godfroid)
30 Jan 2015
Auteur: Stéphane Godfroid